SANTÉ ET CHANGEMENTS CLIMATIQUES
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Discours de clôture par le Pr. Jean-Jacques ELEDJAM

Mesdames et messieurs, chers amis,

Le moment est venu de conclure ces deux journées d’échange exceptionnelles.

Permettez-moi de remercier, en notre nom à tous, les volontaires et les salariés de la Croix-Rouge française qui ont organisé cet évènement depuis des mois : vous avez fait un travail formidable et nous pouvons vous applaudir et les accueillir sur scène.

Je souhaite remercier nos partenaires, notamment Thymbuisness, Aesio, la mairie de Cannes, le Centre Climat, la Fondation Croix-Rouge, l’Organisation mondiale de la Santé et toutes celles et ceux qui nous ont permis d’organiser cette conférence mondiale.

Au nom de la Croix-Rouge française, je remercie également la Fédération internationale, le CICR, les présidents et présidentes des sociétés nationales et les 60 pays représentés.
Ces temps forts consolident notre Mouvement, à l’heure où le monde a tant besoin de nous.

Merci enfin à tous les intervenants et à tous les participants venus des cinq continents. Votre présence nombreuse est un honneur pour nous. Dans la diversité de nos cultures, de nos parcours, de nos métiers et de nos enjeux, nous formons une communauté d’acteurs engagés au service d’un même idéal, engagés dans un même combat.

Je ne vais pas ici reprendre tout ce que nous nous sommes dit depuis 48 heures. Tout ou presque a été dit, sur les constats, sur les menaces, sur les enjeux, sur les effets déjà bien présents, sur ceux à venir et sur les solutions à mettre en œuvre.

De la journée d’hier, nous gardons tous à l’esprit l’appel émouvant que nous a adressé le Président de la Croix-Rouge des Iles Marshall, cet Etat insulaire du Pacifique dont l’existence même est menacée par les effets des changements climatiques.

En réponse à cet appel de détresse, je souhaite que nous puissions porter un appel d’espoir.

Cet appel, nous allons le partager bien au-delà de ces deux jours, bien au-delà des acteurs humanitaires et de notre Mouvement.

Cet appel, nous allons le diffuser, nous allons le porter dans toutes les instances nationales et internationales, nous allons en faire la pierre angulaire de notre mobilisation pour que la santé des populations soit davantage prise en compte dans cette crise climatique qui ne fait que commencer.

Cet appel, nous le présentons ici, sur les lieux même de la naissance de notre Fédération internationale. Dans cette ville-monde de Cannes, au cœur du département français parmi les plus touchés par les conséquences des changements climatiques.

Il y a 100 ans jour pour jour, des pays se sont unis pour répondre aux défis humanitaires du 20ème siècle et c’est à ceux du 21ème siècle que nous devons aujourd’hui répondre.

Cet appel repose sur les trois piliers que nous évoquons depuis deux jours.

Le premier d’entre eux est l’adaptation et notamment la place de la santé.
Beaucoup d’intervenants l’ont rappelé pendant ces deux jours : la prise en compte de la santé dans la réponse globale de la communauté internationale est insuffisante et nous devons accroitre nos efforts en matière d’adaptation.

Pour être plus efficaces, nous devons améliorer nos connaissances pour renforcer la résilience des communautés, réduire les risques et mieux anticiper les crises.

Pour mieux anticiper, nous devons généraliser les systèmes d’alerte précoce et l’utilisation des données. Nous devons développer la recherche, la sensibilisation et la formation, pour renforcer les capacités et les compétences des acteurs locaux.
En matière de financement, cela a été dit tout à l’heure, l’amélioration de l’accès au financement et l’augmentation de la part dédiée à l’adaptation seront des éléments déterminant de la construction d’un monde à l’épreuve du climat.

Enfin, les nouvelles formes de financement basées sur les prévisions et leurs méthodologies d’anticipation devront être développées pour optimiser l’utilisation des ressources existantes.

Le deuxième pilier est le renforcement du lien social.
Au cœur de la résilience des populations, il y a d’abord le refus de la fatalité et le rejet de la détresse humaine.
Les changements climatiques exigent que nous mettions la solidarité, l’équité et la justice au cœur de nos sociétés. Sans ces fondements, il n’y a pas de paix sociale et pas de résilience, car le lien social est le premier outil d’adaptation.

Pour cela, nous devons mobiliser les communautés locales, jusqu’au dernier village, jusqu’aux personnes les plus fragilisées, âgées, handicapées ou vulnérables. Nous devons apprendre des savoir-faire traditionnels et nous appuyer sur les compétences acquises pour faire face à des difficultés.

Les jeunes ont un rôle tout particulier à jouer. Ils nous l’ont montré il y a quelques minutes, avec leur exigence d’exemplarité et de cohérence, ils sont la boussole de notre engagement.

C’est de cette mobilisation générale que dépendra notre capacité à répondre à cette attente.
Cette démarche sera la nôtre, à l’échelle de notre Société nationale, lorsque nous présenterons cet appel lors de l’assemblée générale de la Croix-Rouge française.
En cohérence, je souhaite que nous portions collectivement ces sujets lors de la conférence internationale du mois de décembre 2019 et que nous obtenions la plus large adhésion parmi les Etats et nos sociétés sœurs.

Mais au-dessus de tout cela, il y a la question de l’Humanité, notre premier principe et le troisième pilier de cet appel.

Les changements climatiques portent atteinte aux droits fondamentaux de l’Homme, à commencer par le droit à la santé dans toutes ses dimensions, y compris alimentaire, psychologique et bioculturelle.

Aujourd’hui, avec la Fédération internationale, nous devons promouvoir l’émergence d’un droit de l’homme à un environnement sain face à l’ampleur des conséquences des changements climatiques.

Nous devons bâtir cette diplomatie climatique qui nous permettra de promouvoir la prise en compte des droits de l’Homme dans le cadre des mesures d’adaptation.

C’est ce que nous avons fait avec le droit international humanitaire. Nous avons su remettre de l’humanité dans les situations de conflit, c’est-à-dire au cœur des situations où elle est le plus attaquée.

C’est à cette même tâche que nous sommes aujourd’hui appelés face à cette menace, face à ce multiplicateur de risques et de vulnérabilités, qui cause et causera tant de souffrances et de pertes humaines.

Ce droit à la santé est en réalité le droit à « une seule santé ».
Car la santé des personnes est intimement liée à la santé des écosystèmes et rien ne sera résolu si on ne protège pas les poumons de la planète.
La question de la biodiversité et des écosystèmes n’est d’ailleurs pas qu’une question de santé, c’est aussi la question du beau. Et le beau ne doit pas être réservé à ceux qui peuvent se l’offrir, bien au contraire, le beau doit être au cœur de la justice sociale.

Voilà ce que je voulais vous dire pour conclure ces deux journées passionnantes que nous avons passées ensemble. Ces journées ne seront pas sans lendemain, nous avons trouvé ici l’élan nécessaire pour poursuivre notre combat. Nous ne refermons pas cette première COP humanitaire, car elle ne s’arrête pas là, c’est une démarche continue et globale qui nous engage individuellement et collectivement.

Avant de nous quitter, je voudrais partager avec vous ces quelques lignes d’un écrivain français, Antoine de Saint-Exupéry, disparu en mer en 1944, à quelques kilomètres d’ici. Ces lignes sont celles d’un humaniste et sont extraites de « Terre des Hommes », ce texte bouleversant sur l’amitié, sur la solidarité et sur ce qui fonde notre humanité : « Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. »

Je vous remercie, je vous souhaite un bon retour dans chacun de vos si beaux pays.

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